Arabesque

Arabesque
Hirondelle des granges
Bronze
7" x 8" x 18"
2004

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St-Cyr Sculpteur
Biographie

Toute œuvre d’art est le fruit d’une intention: le plus souvent celle de mettre en évidence une part de la beauté du monde. Et cette beauté-là, qu’elle soit faite d’un regard, d’une lumière matinale sur une hanche, de ciels d’orage, de murmures ou de cris, de vagues d’eau, de neige ou de sable, c’est elle qui a toujours nourri l’imaginaire chez les poètes, les musiciens, les danseurs, les peintres et les sculpteurs. Parmi les sculpteurs, justement, il en est un au Québec(Canada) dont les œuvres sur bois ou en bronze, sont d’une qualité rare. Il s’appelle Louis Saint-Cyr.

Un véritable autodidacte

L’homme dit être venu tard à la sculpture. Dix ans de métier seulement. Mais quel métier que le sien! Et dire qu’il a tout appris seul! Nous voici en présence d’un véritable autodidacte, et donc, de quelqu’un de surprenant, car les autodidactes étonnent toujours, eux qui ont ce génie de pouvoir se passer d’un maître. On leur connaît une audace, un courage, une habileté qui dépassent celles du commun des mortels. Et ces qualités-là, St-Cyr, à coup sûr, les possède à un très haut degré. Ce ne sont pas elles, si méritoires qu’elles soient, qui font de lui un artiste de valeur. Ne confondons pas la technique et la poésie, autrement dit le métier et l’invention, quoique celle-ci soit souvent plus ou moins tributaire de celui-là.

Le travail de St-Cyr

En réalité, il est fort possible que notre artiste ait débuté en sculpture plus tôt qu’il ne le croit, des décennies même avant d’avoir empoigné pour la première fois la gouge et le maillet. À mon avis, c’est même là une chose assurée. Un artiste véritable ne peut, subitement, venir au monde. Un long travail souterrain a pu se faire en son esprit, bien avant que les mains ne viennent donner naissance aux œuvres réelles. St-Cyr raconte en effet avoir été, vers l’âge de neuf ans, captivé par l’image mouvante d’hirondelles jaillissant d’une paroi abrupte de sable durci, qui se mirent à virevolter au-dessus de sa tête. On peut supposer que cette image ait été l’élément déclencheur qui aura poussé d’abord l’enfant, puis l’homme qu'il deviendra plus tard, à s’intéresser non seulement à l’hirondelle des sables, mais à mille autres espèces d’oiseaux, en pleine nature ou ailleurs, dans des musées ou des ouvrages d’ornithologie. Car, il faut bien comprendre que le travail de St-Cyr ne porte pas que sur la copie morphologique de certains oiseaux mais tout autant, et même de plus en plus depuis ces dernières années, sur le mouvement, au point que dans ses œuvres les plus récentes, c’est le mouvement même qui l’emporte sur la forme anatomique.

À l'affût
À l'affût
Crécerelle
19" X 18½ x 30½
Bronze
2004

Un tournant s’amorce

Sur le plan proprement sculptural, les derniers travaux de cet artiste marquent un tournant que l’on voyait déjà se dessiner depuis quelques années dans certaines de ses œuvres les plus magistrales. Voyons par exemple cette œuvre, nommée «À l’affût», représentant une crécerelle aux ailes horizontales, tête piquant vers le sol, soutenue par une tige de cuivre arrondie sortant d’un bloc de marbre noir, aux rayures d’écume de mer. L’oiseau pris isolément est d’un hyperréalisme saisissant. Inutile de revenir sur cet aspect si fantastique du travail de St-Cyr que d’autres avant moi ont vanté tant et plus.

Présage d’un changement de style

Mais ce que j’aime particulièrement dans cette œuvre-là, ce n’est pas l’oiseau seul, mais l’ensemble des trois éléments, nommés plus haut, apparaissant en parfaite symbiose. Et c’est un réel tour de force qu’a réussi l’artiste d’avoir su créer une telle impression d’unité en utilisant trois matériaux aussi différents que le bois, le cuivre et le marbre. L’angle donné à l’oiseau, la longueur de la tige, de même que sa courbure provoquent un effet d’altitude phénoménal. L’effet est saisissant de beauté et de vérité. Au premier regard, non seulement dans cette œuvre, mais dans bien d’autres, Saint-Cyr réussit à nous surprendre, nous donnant à penser que l’oiseau voltige vraiment, par toutes sortes d’astuces qui s’apparentent à la magie. Il arrive qu’il réussisse à camoufler le point d’appui sous une aile, par exemple. Mais ici, aucune astuce; la tige de soutien est bien visible. Malgré cela, on ne la perçoit pas comme support tant elle fait penser à une traînée de lumière laissée derrière l’oiseau dans la montée précédant son immobilité. Cette illusion-là, que l’on pourrait appeler l’illusion d’une illusion, puisqu’il s’agit d’un semblant de persistance rétinienne, présage un changement de style notoire dans le parcours de l’artiste: peu à peu ses oiseaux «perdent leurs plumes» au propre et au figuré, afin de mettre prioritairement en évidence un envol, un élan, un jaillissement dans l’espace.

Créations nouvelles

Un tel revirement oblige St-Cyr à se rendre aux limites physiques du matériau. Malgré leur dureté, le bois de rose, le noyer noir et autres bois précieux ne peuvent être amincis à outrance, de sorte que le sculpteur se doit maintenant de couler certaines œuvres en bronze. Ce nouveau médium l’encourage à se lancer dans des créations nouvelles au travers desquelles on voit l’abstraction prendre le pas, peu à peu sur la figuration. Voilà dorénavant que les oiseaux s’étirent en ruban, que leurs ailes s’allongent et s’amenuisent, et que disparaissent en partie les stries de leurs plumes: seules les têtes demeurent encore fidèles à la tradition de l’art animalier. On voit maintenant, plus que jamais auparavant dans l’œuvre de ce sculpteur, les oiseaux quitter leur socle, tournoyer ou fendre le ciel en laissant derrière eux des sillons de lumière. Ainsi en est-il des grandes œuvres qui laissent leurs traces dans l’espace mémoriel des êtres réceptifs.

Roger Langevin
Sculpteur et professeur-chercheur
À l’université du Québec à Rimouski

Texte: Roger Langevin

 
 


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© Louis St-Cyr, 2005
Tous droits réservés


Conception: Elena Fragasso
Intégration: Voltige multimédia
Présentation: Roger Langevin, sculpteur